Voilà, les arbres sont nus, ou presque.
Quelques feuilles encore tressaillent,
Ultimes vestiges d’une fresque
Que l’hiver condamne à la grisaille.
À l’aube, le vent a balayé
Les vignes que l’automne incendiaire,
Lassé du vert, avait rhabillées.
Elles ont pris l’air de cimetières
Où les ceps dressent leurs croix noueuses.
Aujourd’hui les oiseaux les désertent,
Seules des corneilles querelleuses
Emplissent l’air de leurs cris d’alerte.
Privées du soleil qui les ocrait,
Les pierres aussi virent au gris ;
Les coteaux sont drapés de secret,
La brume en efface les replis
Et recouvre les rares couleurs
De son oppressant voile crayeux.
Elle coule et nappe les demeures
Qui sombrent lentement sous nos yeux.
Au crépuscule, tout est confus,
Les collines partent en fumée,
Et l’on voit naître un halo diffus
Quand une fenêtre est allumée.
Mais un matin, un ciel éclatant
Enchâsse la campagne blanchie
– Océan oublié par les vents.
Des pentes que la neige infléchit,
Nulle arête, nul relief n’émerge
Sauf, à leurs pieds, les toits du hameau,
Comme un troupeau paissant sur la berge ;
Nul souffle ne trouble le tableau.
Tout brille dans la clarté du froid,
L’hiver dépose au sol ses diamants,
Aux vitres, des dentelles de soie,
Et du cristal aux bords des toits blancs.
INSTANTANÉS
HORIZON POÉSIE