"Que ce monde demeure !" Yves Bonnefoy, Les planches courbes, 2001
Sereine la vie dans la violence
Des oublis,
Sereine quand la belle évidence
Du midi
S’effiloche lentement aux branches
De la nuit
Et quand les jours jaunissent ;
Quand les ombres peinent à survivre
Dans le soir,
Quand, les jours vides, le cœur est ivre
De sang noir,
Quand le printemps étoile de givre
La mémoire
Née en un lieu propice.
Elle a semé sur nos pas quand vient
Le sommeil
Un visage, un mot, un lendemain,
Un éveil,
Cailloux bleus qui marquent le chemin
Au soleil
Quand les heures palissent,
Îlots émergeant au découvert
Des années,
Un regard, un rire sur l’hiver
Hérissé,
Un refrain, un livre encore ouvert,
Un été
Une pluie de solstice.
Sereine la vie lorsque les lignes
Se déplacent,
Quand la couleur n’est plus qu’aniline
Et se fane.
Elle dessine de nouveaux signes,
D’autres traces.
Que ce monde demeure,
Crée d’autres souvenirs !
EN ÉQUILIBRE
HORIZON POÉSIE