Les années ont fermé la porte
Sur l’odeur du poêle à charbon,
L’odeur de cuisine dans la cage d’escalier,
Et celle du parquet ciré,
Sur le grelot impérieux du téléphone noir
Relégué au bout du couloir,
Sur le tic-tac entêtant du réveille-matin
Qui m’accompagnait dans mes rêves,
Sur les froissements du saphir usé
Par les sillons des disques vinyle,
Odeurs occultées, bruits effacés,
Témoins de rires et de pleurs.
Ces instants, devenus inaccessibles,
Sont recouverts d’une chape invisible
Où la fibre des sensations passées
S’enchevêtre au tissu des jours ;
Parfois elle s’échappe en lambeaux
Qui passent comme des météores
En étincelant dans mon ciel.
J’en vois quelquefois le sillage,
Mais souvent ces traînées volatiles
Raniment des émotions enfouies,
Et j’en ressens l’onde de choc
Avant de comprendre pourquoi.
LE TEMPS DE VIVRE
HORIZON POÉSIE