Scève, je me trouvai comme le fils d’Anchise
Entrant dans l’Elysée, et sortant des enfers,
Quand après tant de monts de neige tous couverts
Je vis ce beau Lyon, Lyon que tant je prise.
Son étroite longueur, que la Saône divise,
Nourrit mille artisans et peuples tous divers :
Et n’en déplaise à Londres, à Venise, et Anvers,
Car Lyon n’est pas moindre en fait de marchandise.
Je m’étonnais d’y voir passer tant de courriers,
D’y voir tant de banquiers, d’imprimeurs, d’armuriers,
Plus dru que l’on ne voit les fleurs par les prairies.
Mais je m’étonnai plus de la force des ponts,
Dessus lesquels on passe, allant delà les monts,
Tant de belles maisons, et tant de métairies.
Joachim du Bellay, in Les regrets, 1558