Un soleil rouge s'est posé
Aux bords des neiges éternelles,
Et l'aube a métamorphosé
Les villages et leurs venelles.
Ruelles minéralisées
Où des arbustes sentinelles,
Entre les murets de pisé,
Oublient leur steppe originelle.
On y vit, on y meurt, usé
Par les étés, par les hivers,
Mais on a su apprivoiser
Ce que le temps a recouvert.
Comme aux puits que l'on a creusés
Où les bêtes se désaltèrent,
C'est dans le sol qu'on a puisé
Cette assurance humble et austère.
Le ciel a des teintes rosées,
D'exil, d'infini, de colère,
Et même sédentarisé,
On se sent nomade sur terre.
Un soleil rouge s'est posé,
Et tout vibre dans la lumière,
Là où on n'avait supposé
Que désert inculte et que pierres.
Le thé, lentement infusé,
Mêle à la fumée qui s'élève
Ses effluves d'ombre boisée;
On le boit quand le jour se lève.
Le sommet blanc, ligne brisée,
Découpe et incline le ciel,
Ouvrant, de son trait aiguisé,
Une brèche, comme un appel.
VAGABONDAGES
HORIZON POÉSIE