Sous les regards étonnés
Des macaques qui s'épucent,
Accordés au crépuscule
Dans leur habit de safran,
Les bonzes vont, célébrant
La vie quand le jour bascule,
Parmi les palétuviers
Et les bassins de lotus.
Doucement, le soleil glisse
Sur les arbres isolés,
Et leurs ombres se dessinent
Sur les dômes nus et blancs.
En cet instant, j'ai mille ans
Et j'étire mes racines.
De légers parfums emplissent
L'air immobile et voilé.
Les nuages transparents
Se déchirent dans le ciel,
Sur on ne sait quel mystère.
On voit dans leurs franges rouges
Des labyrinthes qui bougent.
Comme leur ombre sur terre,
A chaque pas différent,
On se voudrait éternel.
Dans ce ciel abandonné
Où faiblement luit Vénus,
En célestes funambules,
Les noirs et lourds cormorans
Volent là-bas vers l'estran.
Et l'on entend, incrédule,
Au fond de la nuit sonner
Comme un sauvage angélus.
VAGABONDAGES
HORIZON POÉSIE