Le ferry arrêté,
les diesels se sont tus
dans un dernier hoquet.
Un chemin asphalté
s'ouvre au-delà du quai;
des senteurs rebattues
de curry et de thé
se mêlent à l'odeur
des poissons étalés.
Une barque à moteur
danse un rythme binaire.
Le soleil est allé
se glisser dans la mer.
C'est l'heure où les ombres
gagnent en langueur,
où tout devient sombre
et s'incline.
Le ciel et la mer
mêlent leurs couleurs
et prennent des airs
de sanguine.
Et quand s'est éteinte
l'ultime lueur,
le sable se teinte
d'aniline.
Derrière une murette
de corail et de palmes
s'élève une berceuse,
une voix de fillette
âpre et voluptueuse
nous rassure et nous calme.
La lune se reflète,
près du puits, dans les flaques.
De temps en temps, un souffle
chaud se mêle au ressac.
Cris d'oiseaux qui s'enfuient,
mouvements qui s'essoufflent,
tout retourne à la nuit.
Corps à corps, la terre
et le ciel s'épuisent;
la nuit délétère
nous entoure ;
ici, elle est douce.
La mer, insoumise,
sûrement nous pousse
jusqu'au jour.
Son flux éternel,
de peur qu'on s'enlise,
lance ses appels
au retour.
VAGABONDAGES
HORIZON POÉSIE