Un jour de printemps.
Ankara respire après les fumées de l’hiver.
La ville s’étire sous cette lumière retrouvée.
Sur les hauteurs, à ma terrasse familière,
Chaises bancales, tables de bois usées,
Je suis assis, dos à la rue.
Sous la tonnelle, la vigne tresse son ombre mouvante.
Tout près, un haut-parleur crachote l’appel du muezzin.
Le thé brûlant m’oblige à la patience.
Un moineau s’invite et chipe des miettes,
Le chat fait semblant de n’avoir rien vu.
Le vieux cuisinier bulgare est au comptoir,
Il ajuste son tablier bleu, et sourit.
Puis ses mains épaisses roulent la pâte fine du baklava.
Je regarde son geste, plein de fidélité à l’enfance,
Et j’y reconnais la mienne,
Celle que j’ai laissée quelque part entre deux pays.
Le bonheur c’est peut-être cela,
Un instant qu’on ne retient pas,
Et qui nous retient tout entier.
VAGABONDAGES
HORIZON POÉSIE