Au détour de cette rue tranquille,
une ferme avalée par la ville.
Les champs qui l’entouraient sont couverts
d’asphalte, et de vies hors sol.
Son portail est resté grand ouvert
sur une cour d’herbes folles :
Contre un mur, une meule de grès
sur son chevalet de bois,
et puis des rosiers, quelques cyprès
et un massif de dahlias.
Un vent léger disperse au soleil
des balles de blé battu.
Il apporte aussi à mon oreille
la respiration têtue
et les claquements secs et sonores
d’une batteuse à vapeur
qui tremble et fume depuis l’aurore,
et la joie des moissonneurs.
Au détour de cette rue tranquille,
une ferme rêve sous la ville.
INSTANTANÉS
HORIZON POÉSIE