Le square s’ombre de peupliers noirs.
Leurs feuilles comme de noires phalènes
Cachent aux regards les couleurs du soir.
Légères comme les cendres d’un chêne
Que le feu brûle jusqu’au cœur de l’arbre,
Elles couvrent l’allée dédiée aux crimes
Qu’honore le cénotaphe de marbre
Où s’inscrivent des gloires anonymes.
Sur la rue soudain coule une musique
Répandue par une fenêtre ouverte.
L’homme oiseau a embouché son saxo
Pour chasser les ombres des jours passés.
Il relève les pierres arrachées
Aux murs restés debout sous les assauts,
Murs de rêves d’asile et d’innocence
Que les notes tout à coup illuminent.
Et vivant encore, il redonne aux ruines
Amassées sur nos vies par le silence
Toutes les couleurs des temps chimériques,
Les nuits bleues, les jours blancs, les heures vertes.
De sa bouche amicale
Renaît la terre ancienne,
Une terre aérienne
Où les nuits tropicales
Mêlent la voix humaine
Au plain-chant des sirènes.
Il convoque à son bal
L’insecte qui bombine
L’été dans les épines
Et les pluies automnales
Jaillies aux origines.
Il arrache au métal
La mélopée du vent
Et le tam-tam du temps.
Il glisse aux intervalles
Les trilles du printemps,
Et des rondes d’enfants.
Il déroule en spirales
Les heures infinies
Dans les soirs alanguis
De vertes saturnales
Sous les pommiers fleuris.
Et toute la rue ondule, euphorique,
Par la grâce de la musique offerte.
SOUS L'ÉCORCE
HORIZON POÉSIE