Du vieil album s’échappent des photos,
femmes en robes longues et chapeaux,
hommes cravatés, fiers et souriants.
Sur leurs visages, quelques traits marquants
qu’ils ont légués à leur postérité.
Photos de voyages, photos d’étés,
de jardins fleuris, de parvis d’églises,
d’un grand boulevard dans une aube grise,
d’un village, d’une plage de sable.
Photos d’heures qui furent mémorables
aux bords d’une rivière cristalline,
au sommet d’une modeste colline,
dans la cour de la ferme familiale,
sur le banc d’une place provinciale,
aux terrasses de squares ombragés.
Photos de lieux connus, presqu’inchangés,
quais de Saône à Lyon, jet d’eau du Léman,
Riviera niçoise, jardins d’Évian …
Parfois, au verso de l’instantané
le nom d’un lieu, une adresse, une année,
le tampon d’un hôtel, d’un photographe,
un prénom, un mot doux ou un paraphe.
Sur un cliché, un cachet noir et gras,
les mots « Geprüft Stalag IXB 33 »
et l’aigle nazi avec croix gammée,
– photo d’un appartement éventré
au cours d’un raid de la Fifteenth Air Force,
reçue par mon père au camp de Bad Orb.
Photos de lieux chéris des disparus,
photos émergeant de temps révolus
où ils vécurent des moments précieux,
le temps des amis riant avec eux,
des nourrissons en robes de baptême,
des mariages et des couples qui s’aiment.
Instants rares qu’on voulait immortels
mais dont aucun vivant ne se rappelle.
INSTANTANÉS
HORIZON POÉSIE