L’allée du jardin est couverte de pavés
Qui ont déjà vécu.
Usés par les siècles et le pas des piétons,
On y entend encore les bruits de la ville.
Pavés fendus et ébréchés,
Ils grincent toujours sous les roues ferrées
Des charrettes, des tombereaux
Qui ont nourri la ville.
De granite rosé ou gris bleu,
Ils résonnent des rires
D’une marelle éphémère
Dessinée dans la rue.
Aujourd’hui des moineaux
S’y poursuivent effrontément,
Dans un froissement d’ailes.
Pavés bruns ou blancs,
Ils répercutent le roulement
Du corbillard qui va lentement
Au cimetière dans le jour naissant,
Au pas des chevaux,
Au rythme des douleurs.
Pavés disjoints et noircis,
Ils portent encore les cris des barricades,
Les appels, les embrassades, les agonies,
Les larmes et les espoirs.
Blocs émoussés et brillants,
Ils répètent les chansons
Entendues sur l’impériale
De l’omnibus d’un soir de fête.
Pierres lisses et blanches
Au soleil de plein midi,
Pages ouvertes à la lumière.
Pavés marqués par des bottes guerrières,
Lavés par les rêves des libérateurs,
Ils gardent les rumeurs mêlées
Des silences et des acclamations.
Cubes cabossés et inégaux,
Où les pas sont malaisés,
Turbulences minérales
D’avant la lumière.
SOUS L'ÉCORCE
HORIZON POÉSIE