La rue du Bocage est percée en 1903, des bocages ne restent déjà que les haies qui entourent les maisonnettes.
On y fait son jardin mais on travaille dans les usines d’automobile de Marius Berliet et de La Buire, dans celles des carburateurs Zénith et des démarreurs Paris-Rhône. On y va à vélo.
On y travaille aussi pour la société d’Antoine Lumière et ses fils. La rue Saint Victor rebaptisée rue du Premier Film n’est qu’à cinq minutes.
En 1936 les prolétaires découvrent les loisirs. C’est en 1936 qu’au numéro 17 on construit le cinéma Le Bocage. Avec une grande entrée en anse de panier.
En 1956 je vais à l’école en passant devant les affiches. Charlton Heston y brandit les tables de la loi. Gina Lollobrigida, Burt Lancaster et Toni Curtis y scintillent devant la toile rouge d’un chapiteau.
En 1972 les multisalles ne sont pas encore là, mais pour voir un film on préfère aller en ville, Le Bocage ferme ses portes pour dix ans.
Elles rouvrent en 1983. Comme par un retour de manivelle, la salle s’est muée en garage de réparation autos.
En 2007 des promoteurs mettent fin à ce karma et détruisent le vieux cinéma pour bâtir une résidence de luxe. Ils l’appellent Passion Bocage ... peut-être par antiphrase ?
INSTANTANÉS
HORIZON POÉSIE