Coude à coude, on cahote en cadence
au rythme lancinant des bogies.
Parmi les nuages que rougit
le crépuscule, on entre en errance.
Ici, la terre nue se parfume
d'océan. L'œil se perd sur des champs
où les lambeaux nacrés du couchant,
doucement, sont happés par les brumes.
Là, la nuit se brise et s'illumine
sur des récifs de vie dispersés,
îlots accrochés à leur passé,
que derrière la vitre on devine :
Dans le noir, on croit voir apparaître
de la soupe qui fume aux cuisines,
son odeur est comme on l'imagine
là où l'hiver s'arrête aux fenêtres.
Le train tire le fil de la nuit
pour en tisser l'inquiétante toile,
et l'on peut croire que les étoiles
naissent dans cette plaine où l'on fuit.
Est-ce le jour qui là-bas se lève,
une aurore qu'on attendait plus,
ou l'écho de ces temps révolus
où le jour suit la nuit qui s'achève ?
VAGABONDAGES
HORIZON POÉSIE