hommage à Jean Rouch
L’œil à la caméra
Et le sourire aux dents
Sur le grand fleuve roi
Il glisse avec le temps.
Le Niger s’étire, se sépare et se rassemble,
Il coule lentement, redessinant les îlots ;
Effrontée, la pirogue y danse quand tous ensemble
Les rameurs Songhaï plongent leurs pagaies dans les flots.
Pour plaire à Harakoy Dicko, maîtresse des eaux
Et de leurs vies, ils chantent de lentes mélopées
Reprises sur les pirogues des pêcheurs Bozo
Qui de leurs pieds en battent le rythme syncopé.
L’œil seize millimètres
La vie cinémascope
Jean ouvre la fenêtre
Entre Afrique et Europe.
Pour rejoindre les lieux où le tamarinier pousse,
Les écoliers affrontent l’eau à grands coups de rames ;
Ils rentrent, après la classe, aux villages de brousse,
En riant pour effaroucher les hippopotames.
On partage là-bas les regrets et les désirs,
Les échecs et les rêves, les brouilles, les amours.
Le rire habille la joie, la peine, et le plaisir
D’être là sous les arbres, jusqu’au déclin du jour.
Entre les plans séquences
Le temps s’est poursuivi
Comme pendant l’absence
Il y a toujours la vie.
VAGABONDAGES