Parfums de femmes qui se mélangent
Aux effluves du goudron,
Remontée des songes, à la frange
Des idées qui se défont;
Exhalaisons d’huile des machines
Et de l’encre des journaux;
Brève réminiscence enfantine
De cantine et de préau.
L’horloge réglementaire hoquette
Chaque seconde... Latence,
Pensées fugaces et incomplètes,
Cillements de la conscience,
Odeur dense de foule aux bouquets
De tabac et de sueur.
Un soleil brouillé baigne les quais,
D’une accablante douceur.
Sûrement ancré au banc de fonte,
On se tient dans cette foule
Comme sur le port où l’on apponte,
Fuyant les creux de la houle,
Dans une bulle tiède, immobile,
A l’exacte intersection
Des fêlures et des joies subtiles,
Des fuites, des ambitions.
La nuit tombe sur le quai de gare...
On croise ces destinées
Qui s’approchent, se lient et s’égarent
Dans une vie obstinée.
L’odeur suave des acacias
Recouvre alors les trottoirs;
Tout se fond dans la teinte sépia
Des souvenirs et des soirs.
VAGABONDAGES
HORIZON POÉSIE