L’encre a une odeur de fruits trop mûrs,
Une odeur de rouille et de résine,
De peinture fraîche et d’hôpital,
Une odeur de banc d’école.
Elle est bleu nuit, bleu tablier,
Et brillante sur la feuille blanche.
Le trait s’élargit sous la pression,
Ralentit avec la pensée,
Se perd en bout de course.
La plume sillonne le papier,
Le gratte ou le caresse.
Quand la main se relève,
Une goutte perle et tombe en marge.
Les carreaux Sieyès sont une portée
Où chantent les mots qu’on y trace,
Un récital de frottements,
De grattements
De crissements,
Ponctués d’un coup bref
Quand la phrase s’arrête.
Des mots de petits soldats
Ou des mots qui dansent,
Des mots soulignés, des mots raturés,
Des mots dans les interlignes,
Qui gardent autant de mystère
Qu’ils en dévoilent,
Et laissent sur le buvard,
Comme un code secret,
Leur image inversée et lacunaire
Qui se mêle aux précédentes.
L’encre sèche avec des reflets cuivrés,
Les mots gravent leurs contours,
Avec leurs pleins et leurs déliés,
Ou restent dans le flou du buvard.
SOUS L'ÉCORCE
HORIZON POÉSIE